Figure majeure des lettres africaines, l’auteur Alain Mabanckou poursuit son panthéon des voix de la rumba avec une quatrième escale consacrée à Aurlus Mabélé, « l’Oublié ».
Né pieds nus à Poto-Poto, à Brazzaville en République du Congo. Mort seul, dans un lit médicalisé en banlieue parisienne. Entre ces deux extrêmes : des millions d’albums vendus, des foules en transe, des pistes de danse embrasées de l’Afrique aux Antilles, jusqu’en Europe. Aurlus Mabélé aura fait vibrer des générations entières.
Et pourtant, au crépuscule, le silence. Lorsqu’il agonisait, personne, ou presque. Ni son pays, ni les institutions. L’annonce de sa disparition viendra de sa fille, la voix brisée : « Mon papa est mort ce matin. Je suis inconsolable et effondrée. »
Reste alors une question, lancinante : que faisons-nous de nos légendes une fois les projecteurs éteints ? Le destin d’Aurlus Mabélé résonne comme une interpellation. Car si les rois de la rumba font danser les peuples, ils méritent aussi, au soir de leur vie, mémoire, dignité et reconnaissance.