SPECTACLE A L’IFC : AriS’Lam a été époustouflant sur scène!

En marge de la Journée mondiale de la Francophonie ‘’Révolution’’, ce vendredi 20 mars 2026, à l’Institut français du Congo (IFC) à Brazzaville, l’artiste et slameur AriS’ Lam a livré un spectacle qui a dépassé largement le cadre d’une simple performance artistique pour s’ériger en véritable manifeste esthétique. Mais, au-delà du succès populaire, la soirée qui a rassemblé près de 500 spectateurs s’est distinguée par une ambition artistique rare, redéfini les contours du jeu, du slam congolais et lui conférer une dimension scénique nouvelle.

Une architecture artistique et deux mouvements

La dramaturgie du spectacle reposait sur une structuration soigneusement pensée en deux séquences distinctes. La première partie se voulait contemplative, presque méditative. Le verbe y occupait une place centrale, porté par la puissance de la voix et la profondeur des textes. Les prestations étaient magnifiées par le chœur Universel Singers, dont les harmonies vocales enveloppaient les déclamations d’une aura aussi liturgique.
La seconde partie introduisait une dynamique plus rythmique, instruments, danses et énergie corporelle venaient enrichir l’expression poétique transformant progressivement la scène en un espace de célébration collective où la poésie dialoguait avec la musique et le mouvement. Cette alternance subtile conférait au spectacle un souffle dramatique remarquable, oscillant entre contemplation et effervescence.

Une Rey’volution scénique: le slam au-delà de lui-même, le caractère rey’volutionnaire de la soirée résidait dans la capacité d’AriS’Lam à décloisonner les formes artistiques. Sur scène, l’artiste passait avec une aisance déconcertante d’un registre à l’autre : slam classique et introspectif, passages a capella d’une intensité poignante, séquences humoristiques proches du stand-up, moments musicaux accompagnés d’instrumentations. Cette hybridation artistique produisait un phénomène rare, le spectacle devenait accessible à tous. Les initiés du slam y trouvaient la rigueur du verbe, tandis que les néophytes étaient captivés par l’énergie scénique et la dimension spectaculaire. Une communion presque organique s’établissait alors entre l’artiste et son public: rires, émotions, silences attentifs et ovations ponctuaient chaque tableau.

La générosité artistique: faire éclore les talents

Un autre trait marquant de cette soirée fut la volonté manifeste de l’artiste de faire briller d’autres voix que la sienne. L’ouverture du spectacle en fut l’illustration la plus éclatante. La scène fut confiée à Jonathan, jeune élève de classe de première, chargé de prononcer le premier texte de la soirée. Dans un hommage vibrant à la Francophonie et à la langue française, le jeune homme a assumé avec aplomb cette responsabilité considérable. Son intervention a immédiatement donné le ton, celui d’une soirée où la transmission et la confiance envers la jeunesse occupaient une place essentielle. Cette volonté de promouvoir la performance collective s’est également manifestée à travers deux duos mémorables avec les jeunes slameurs Rhetork et Rimepik. Ces collaborations ont constitué les moments les plus applaudis de la soirée. Par leur énergie et leur complémentarité, elles ont démontré que le slam peut se prêter à une véritable mise en scène dialogue, où les voix se répondant, se confrontent et s’enrichissent mutuellement. En offrant la scène à ces jeunes artistes, AriS’Lam a rappelé une vérité essentielle: la grandeur d’un créateur se mesure aussi à sa capacité à faire éclore d’autres talents.

Le métissage: un moment inoubliable avec M. Totem

Dans cette logique de partage artistique, la soirée a également été marquée par une collaboration particulièrement remarquée avec M. Totem. Les deux artistes ont livré un texte de sensibilisation consacré à la lutte contre le VIH-Sida, porté par une rumba envoûtante qui a instantanément transformé l’atmosphère de la salle. Le spectacle s’est distingué également par une scénographie particulièrement soignée. Cette soirée apparaît déjà comme un jalon majeur dans l’histoire du slam au Congo. AriS’Lam a démontré que le slam peut se hisser au rang d’un spectacle total, capable d’embrasser toutes les dimensions de l’art vivant.

Alain-Patrick MASSAMBA
(Sur les notes de Yannick Massengo)/Lasemaineafricaine.info/

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