Asie Dominique de Marseille crève l’abcès avec son essai « Monarchie héréditaire : Le père dirige, le fils préside »

LIVRES. Le mercredi 18 mars dernier, à l’Institut Français de Brazzaville, le journaliste et écrivain Asie Dominique de Marseille a présenté son ouvrage au titre évocateur : Monarchie héréditaire : Le père dirige, le fils préside. Il s’agit d’un essai de 140 pages publié aux Éditions Le Lys Bleu. Rien que le titre en dit long, tant il appelle à une lecture attentive et à une réflexion approfondie.

Une opposition signifiante : “Monarchie héréditaire”

À première vue, l’expression monarchie héréditaire peut apparaître comme une redondance. En effet, la monarchie implique déjà, dans son principe, une transmission dynastique du pouvoir. Pourtant, l’association explicite de ces deux termes relève d’un choix délibéré. L’auteur insiste, martèle presque une évidence, pour mieux en révéler la portée critique.

Cette apparente répétition devient alors signifiante : elle attire l’attention sur une possible dérive d’un système politique qui, bien que républicain dans sa forme, fonctionnerait selon des logiques monarchiques et familiales. Loin d’être une simple tautologie, cette formulation agit comme un signal d’alerte, une manière de lever le voile sur des pratiques qui pourraient s’écarter des principes démocratiques.

“Le père dirige, le fils préside” : une architecture du pouvoir

La seconde partie du titre introduit une distinction lourde de sens entre diriger et présider. Elle suggère une dissociation entre le pouvoir réel et son incarnation institutionnelle. À travers cette formule, se dessine l’hypothèse d’un partage des rôles au sommet de l’État, où l’autorité effective pourrait ne pas coïncider avec la fonction officielle.

Cependant, il convient ici d’introduire une nuance essentielle. Si cet ouvrage avait été un roman, la critique et l’interprétation pourraient se déployer librement, laissant place à toutes les extrapolations et à toutes les lectures possibles.

Entre essai et roman : l’ambiguïté d’un genre

Or, selon la présentation figurant dans le catalogue des nouveautés des Éditions Le Lys Bleu, il s’agit d’un essai répertorié dans le champ des sciences humaines.

À ce titre, l’ouvrage encadre davantage le propos, limite les risques d’exagération et impose une réelle rigueur dans l’analyse.

La littérature et les sciences humaines explorent toutes deux l’expérience humaine, mais elles s’en distinguent profondément par leur approche.

La littérature se veut subjective, émotionnelle et artistique ; elle mobilise la fiction pour sonder la condition humaine.

À l’inverse, les sciences humaines — telles que la sociologie ou la psychologie — privilégient une démarche objective et analytique, fondée sur des méthodes empiriques visant à comprendre les comportements individuels et collectifs.

Pourtant, la présentation de l’ouvrage ainsi que le résumé figurant en quatrième de couverture laissent apparaître une orientation qui relève davantage du registre romanesque.

Cette ambiguïté entre essai et roman introduit une tension générique qui interroge à la fois le statut de l’œuvre et la posture de son auteur.

À ce titre, l’ouvrage encadre davantage le propos, limite les risques d’exagération et impose une réelle rigueur dans l’analyse..

Dès lors, l’interprétation que nous faisons de ce titre ne saurait être attribuée directement à l’auteur.

Elle s’appuie plutôt sur des informations encore officieuses circulant dans les milieux politiques.

En ce sens, elle n’engage que notre lecture critique et ne saurait être confondue avec une intention explicitement formulée par Asie Dominique de Marseille.

La puce à l’oreille

Il n’en demeure pas moins que cet essai agit comme une véritable “puce à l’oreille”. Dans le contexte du troisième et dernier mandat de Denis Sassou Nguesso, certains observateurs évoquent l’émergence d’un tandem père-fils, laissant entrevoir les contours d’une succession politique en préparation.

Des indiscrétions issues des milieux proches du pouvoir font état de la possibilité d’une révision constitutionnelle, qui pourrait aboutir à la création d’un poste de vice-président. Une telle évolution ouvrirait la voie à une transition progressive, plaçant le fils sur la trajectoire directe de la succession.

Une autre hypothèse circule également : celle d’un scénario dans lequel le président pourrait faire élire son fils, désigné comme héritier, à la présidence du Sénat afin de lui garantir une succession conforme aux dispositions constitutionnelles actuelles. Par la suite, Denis Sassou Nguesso pourrait déclarer une incapacité à gouverner, pour des raisons de santé ou en raison d’une longue absence, facilitant ainsi un passage de relais maîtrisé.

Dans cette perspective, l’essai d’Asie Dominique de Marseille dépasse le simple cadre littéraire. Sans nécessairement affirmer, il suggère ; sans accuser ouvertement, il interroge. Et c’est précisément dans cette zone de tension entre analyse et hypothèse que réside toute sa force.

Entre analyse et résonance politique

En définitive, Monarchie héréditaire : Le père dirige, le fils préside se présente comme une œuvre à la croisée de la réflexion politique et de l’observation critique. En “crevant l’abcès”, l’auteur ouvre un espace de débat et invite à une vigilance accrue face aux mutations possibles du pouvoir.

Reste au lecteur de faire la part des choses entre ce qui relève de l’analyse, de l’intuition ou des échos du réel.

Par Serge Armand Zanzala

Écrivain, chercheur, citoyen engagé Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika

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