Alain Makaba : l’architecte de Wenge Musica 4X4 BCBG

ZOOM. On parle souvent de son intelligence, de sa prestance, de son talent hors norme. Son nom est associé à l’un des plus grands phénomènes artistiques des années 90/2000. Derrière cet homme se tient un véritable architecte du son, une signature décisive qui a façonné l’âme et la charpente musicale de Wenge Musica 4×4 BCBG.

Comme tout architecte, son œuvre ne s’est pas improvisée. Elle s’est construite patiemment, année après année, instrument après instrument. Percussionniste dès l’enfance, il forge le sens du rythme. Bassiste accompli, formé à l’école des grands comme Shakara, puis guitariste lead d’exception, il impose une écriture, un phrasé, une vision. Rien n’est hasard : tout est structure, intention, projection.

Précurseur dans sa génération et bien au-delà, Alain Makaba ose réintroduire les cuivres dans les sebenes, à une époque où les orchestres dits “jeunes”, dans le sillage de Zaïko, les avaient écartés. Ses brass et arrangements puissants donnent une impulsion nouvelle à la rumba modernisée : une audace structurante.

Il influence toute une génération de guitaristes, popularisant notamment la guitare à manche réduit de type Steinberger, au design compact et sans tête, qu’il fera devenir un symbole visuel et sonore. Il est également le premier guitariste lead de sa génération à imposer sa voix dans les titres qu’il signe au sein du groupe, comme Pathy ou Tuna Tina.

Autre audace majeure : réaliser un album solo alors que son groupe est à l’apogée de son succès. Un pari risqué, mais pleinement assumé.

« Pile ou Face », marque un tournant. Plus qu’un projet personnel, c’est une véritable déclaration artistique. Alain Makaba y convie des figures majeures de la musique congolaise : Sam Mangwana, King Kester Emeneya, Dindo Yogo, Abby Surya, Luciana, Shakara, Lofombo…

Une constellation de talents réunie autour de sa vision. Il préserve aussi l’ADN de Wenge : Jb Mpiana la voix du groupe, Titina et Roberto pour les animations. Une manière subtile de conjuguer esprit collectif et identité personnelle.

Avec cet album, Alain Makaba prouve qu’il n’est pas seulement un pilier du groupe, mais un concepteur capable de porter seul une œuvre d’envergure, orchestrant voix, styles et générations. Son surnom, “Prince Ordinateur 48 Mémoires”, en dit long.

Bien avant beaucoup d’autres, au début des années 90, il explore le numérique, la digitalisation, et les nouvelles technologies appliquées à la musique.

Là où certains verrouillaient l’espace d’expression, il encourage le recrutement de plusieurs guitaristes pour élargir le champ des possibles. Visionnaire, encore.

Alors que le succès de Kin e Bougé bat son plein, il choisit de rester en Europe pour approfondir ses connaissances et se confronter à d’autres écoles musicales.

Les fruits de cette exigence se perçoivent dès l’album « Kala yi Boieng », notamment avec le titre C’est Trop Tard, et éclatent dans le projet « Pleins Feux », produit par TAMARIS.

Avec ces projets, Alain Makaba révolutionne les arrangements du groupe, modernise des titres comme Nazareth et Tcha Tcho Mbala, et offre une version “ambiance” de sa chanson Fisol. Maîtrisant claviers, basse, percussions et guitare, il transforme chaque morceau en expérience musicale. L’album Les Anges adorables confirme son rôle de bâtisseur sonore, capable de marier tradition et innovation avec une audace rare.

Pour le bonheur de vos oreilles, écoutez ses guitares et arrangements dans les titres, Kaskin, Tempête du Désert, Sourire de Vendeur, Kin e Bougé, Fisol, Hi ho ha et tant d’autres.

Alain Makaba s’impose ainsi au Panthéon de la musique congolaise.

Que serait Wenge Musica 4×4 BCBG sans lui ? La comparaison est naturelle : que serait Zaïko Langa Langa sans Pépé Félix Manuaku ? Tous deux ont posé les bases, tracé la ligne, installé la structure telle une ligne de vie en alpinisme. Tous passent par là pour exister.

Le son d’Alain Makaba est reconnaissable parmi mille, clair, limpide, précis. On disait de lui : “A bétaka milangui” , il joue comme sur des verres, tant son phrasé est fin et singulier.

Alain Makaba, c’est l’histoire de Wenge Musica, c’est l’histoire de la guitare congolaise des années 90 . Un marqueur majeur de notre musique moderne, au même titre que ses illustres prédécesseurs. Sa guitare continuera de résonner sur les scènes et d’embraser les pistes de danse.

Merci, Monsieur Prince Alain Makaba.

Mwèné Eddy Ngombé

Président de CULTURE CONGO AVENIR

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